34
Alors que je suis contraint d'augmenter le prix du format broché d'Astreya, j'ai songé que c'était le moment de faire un article sur le prix de mes livres. En plus de vous fournir les raisons de ce changement, lesquelles apportent un aperçu des contraintes rencontrées en tant qu'auto-édité, je vais en profiter pour vous expliquer comment se répartit le prix entre les différents acteurs.Histoire du prix d'Astreya
Liée à mes débuts en tant qu'auteur auto-édité, l'histoire du prix d'Astreya est le reflet de mes réflexions de l'époque... Et s'il est amené à être modifié pour le format broché (et particulièrement à augmenter), c'est sous l'effet de choix amplement mûris, doublés d'évolutions indépendantes de ma volonté. Mais voyons cela plus en détails...Professionnalisation
Avant toute chose, pour bien saisir tout ce qui va suivre, il faut comprendre quel statut d'entreprise j'ai choisi, et pour quelles raisons...Lorsqu'on souhaite, comme moi, être un écrivain auto-édité professionnel, une panoplie de possibilités s'offre à nous. L'une d'entre elles, sans doute la plus courante en France, est de créer une entreprise. Une nouvelle panoplie se présente alors, celle des statuts d'entreprise, chacun ayant ses avantages et ses inconvénients. J'ai donc pris le temps d'étudier tout ça pendant mes années d'emplois alimentaires (cf. la page L'Auteur pour plus de détails à ce sujet) et il en est ressorti que la micro-entreprise (encore souvent appelée auto-entreprise) était celui qui me convenait le mieux. Pourquoi ? Parce que ce qui peut être considéré comme handicapant avec ce statut pour nombre de projets, devenait un avantage avec l'approche que je comptais favoriser... Je parle ici du fait que, dans une micro-entreprise, on paie ses cotisations non pas sur les recettes (le revenu duquel est déduit les dépenses) mais sur le chiffre d'affaires (la totalité du revenu, sans rien en déduire). Ainsi, pour une personne fabriquant, par exemple, des bijoux, elle doit payer ses cotisations d'entreprise sur la somme de toutes ses ventes, sans pouvoir en déduire le prix de son matériel (perles, fil, pinces, etc.).
En ce qui me concerne, je vends des livres, donc je n'ai pas de matériel à acheter. J'ai seulement besoin d'un ordinateur pour écrire un roman puis pour créer le livre au format numérique, et de faire appel à un prestataire pour en imprimer la version papier. Si je n'ai pas de stock (impression à la demande) et que le prestataire prend sa commission avant de me reverser ma part, c'est tout bon : aucune dépense, et donc chiffre d'affaires = recettes !
TheBookEdition
Est alors venu le moment de choisir le prestataire qui serait mon imprimeur... Comme je me charge moi-même de créer la couverture et le "bon à imprimer" (ou BAI, qui est le document que l'éditeur envoie à l'imprimeur pour de l'impression à la demande, on utilise parfois le terme BAT, pour "bon à tirer", même s'il correspond plutôt aux impressions en offset, c'est-à-dire en gros volumes), et que je souhaitais ne pas être rattaché à une seule plate-forme, j'ai donc mis de côté plusieurs acteurs du secteur, dont Amazon KDP. Au final, il en est resté deux : Lulu et TheBookEdition. Les avis et critiques sur ces deux prestataires se valaient, mais comme le premier est états-unien et le second français (et en sus dans la même région que moi), mon choix s'est tout naturellement porté sur lui. Le livre ne serait pas disponible dans tous les points de vente, mais seulement sur son site web et dans des librairies partenaires. Il était, à l'époque, à peu près impossible d'obtenir mieux sans devoir débourser une somme mensuelle, et comme le format numérique serait, lui, disponible partout grâce à mon diffuseur/distributeur numérique, l'offre m'apparut satisfaisante en attendant qu'une autre opportunité que je surveillais ne se concrétise.L'imprimeur choisi, il fallait encore définir le prix du livre qui, pour être juste, doit me permettre de dégager une marge suffisante, tout en restant suffisamment bas pour ne pas décourager le lectorat potentiel. La majorité des livres broché sont vendus entre 19 et 25 €, ce dernier prix étant pour des volumes épais ou illustrés. Astreya étant un roman de taille moyenne (286 pages), je devais rester dans le bas de la fourchette, voire en-dessous afin d'attirer plus de monde. Nous verrons le détail de la répartition dans la seconde partie de cet article, mais signalons tout de même ici que, pour définir le prix, j'ai pris en compte la marge libraire (qui me revenait si le livre était vendu depuis le site de l'imprimeur), et j'ai essayé de le maintenir le plus bas possible. À ce moment et avec ces différents facteurs, le juste prix était de 17 €.
Immatériel.fr
Le diffuseur/distributeur numérique Immatériel.fr ne traite qu'avec des éditeurs professionnels. Il accepte de travailler avec des auteurs et autrices auto-éditées à condition d'avoir créé une entreprise et de le lui prouver en fournissant son n° SIRET. Comme c'est mon cas, je peux donc profiter des mêmes services que, par exemple, Bragelonne, qui lui a aussi confié son catalogue numérique. Cependant, beaucoup d'autres maisons d'édition indépendantes sont de taille plus modeste et, pour répondre à leurs besoins, Immatériel.fr a pendant longtemps œuvré à mettre en place un service d'impression et de distribution de livre papier. Ce fut chose faite durant le second trimestre 2022 et je pus ainsi saisir cette opportunité que je guettais depuis un moment. Après plusieurs tests, Astreya pouvait désormais être commandé dans tous les points de vente.Puis, vint le moment où un exemplaire fut acheté, sur Amazon en l'occurrence, et je découvris alors que le fonctionnement différait quelque peu de celui auquel j'étais habitué chez TheBookEdition... En effet, comme Immatériel.fr avait établi un partenariat avec une autre entreprise qui se chargerait de l'impression, il ne lui était légalement pas possible de prendre la part de l'imprimeur pour la lui remettre directement avant de me reverser ma part, puisqu'il n'était qu'un intermédiaire entre l'imprimeur et l'éditeur, c'est-à-dire moi. Ainsi, Immatériel.fr me reversait ma part doublée de celle de l'imprimeur, et il m'incombait ensuite de payer ce dernier pour le service rendu. Et si vous avez bien suivi, vous comprenez que je me retrouve soudain dans un cas similaire à celui de notre vendeuse de bijoux... J'ai donc fait des calculs et en ai conclu que, pour conserver un revenu proche de celui du livre numérique, je devais monter le prix à 19 €. Ce nouveau prix me semblait toujours raisonnable et je m'apprêtais donc à l'appliquer, quand un autre imprévu se présenta...
Quand l'État s'en mêle
En juillet 2024, un mail de l'URSSAF m'informa de l'augmentation étalée sur trois ans du montant des cotisations pour la micro-entreprise, passant de 21,1 % à 26,1 %, soit plus d'un quart de mon chiffre d'affaires... Nouveaux calculs et je découvre que, à compter de 2026, mes recettes par livres (donc une fois toutes les cotisations payées), seraient de 0,20 € si je conserve le prix à 17 € (puisque je ne l'ai pas encore changé quand j'écris ces lignes), de 0,83 € si je garde l'idée de passer le prix à 19 € (alors qu'il aurait été de 1,23 € avant ce nouvel imprévu) et 1,45 € si je monte jusqu'à 21 €, qui est l'option que j'ai retenue.Souhaitant adoucir cette lourde augmentation, j'ai réfléchi à différentes possibilités et j'ai finalement décidé de la faire coïncider avec la ressortie d'Astreya au format poche, que je pensais faire après la publication de mon second roman. J'ai donc mis le travail de révision de ce dernier en pause et planché sur ce projet, en parallèle d'une collaboration dont je vous parlerai bientôt. Je compte aussi proposer une alternative aux personnes qui me soutiennent sur Tipeee, en plus du format numérique qui est déjà offert.
Répartition
J'avais depuis longtemps le projet de faire un article pour présenter comment se répartissent les recettes de la vente d'un de mes livres, ce changement de prix m'en offre l'occasion... Vous trouverez donc dans cette seconde partie le détail de cette répartition, accompagné de diagrammes circulaires, pour chaque format de mon roman Astreya. Les chiffres ci-dessous prennent en compte la totalité de l'augmentation des cotisations et sont donc valables à compter du 1er janvier 2026...Livre numérique
Cas un peu particulier, commençons par le format numérique d'Astreya. Vendu 3,99 €, il faut y déduire la TVA de 5,5 % en France, soit 0,21 €, et la commercialisation (regroupant la part de mon diffuseur/distributeur numérique et de la librairie en ligne qui a vendu le livre) qui est le plus souvent de 1,51 € par livre (soit environ 37,8 %), mais ça peut varier selon la librairie et le pays d'achat. Ainsi, le "net éditeur" qui me revient dans cet exemple est de 2,27 €. Mais c'est sur cette somme que s'appliquent les cotisations d'entreprise de 26,1 % que l'on évoquait plus haut : il faut donc déduire 0,59 €... Reste au final 1,68 €, c'est-à-dire 42,1 % du prix de vente TTC.Broché en librairie
Format papier le plus accessible car disponible dans tous les points de vente, à l'instar du numérique, penchons-nous sur le broché et son nouveau prix de 21 €... Comme précédemment, il faut déduire la TVA française de 5,5 %, soit 1,15 €, et les coûts de commercialisation (distributeur et librairie) de 52 %, soit 10,92 €, pour obtenir le net éditeur, s'élevant ici à 8,94 €. Ici encore, c'est à ce montant qu'il faut retrancher les cotisations de 26,1 %, soit 2,33 €, mais aussi, livre papier oblige, le paiement à l'imprimeur... Il s'agit d'un coût fixe qui dépend des choix de fabrication de l'éditeur (impression à la demande, format, type de papier, de couverture, etc.) et, pour Astreya, chez cet imprimeur, il s'élève à 5,16 € par livre. Reste ainsi, comme je l'avais dit un peu plus haut, 1,45 €, ce qui correspond à 6,9 % du prix de vente TTC.Broché chez TheBookEdition
Le broché imprimé par TheBookEdition reste disponible sur leur plate-forme. Comme il n'y a cette fois aucun intermédiaire entre l'imprimeur et moi, ils sont l'équivalent des "exemplaires vendus par l'éditeur". Je ne peux cependant pas en baisser le prix en vertu de la loi sur le prix unique du livre, dite loi Lang : comme ils ont les mêmes format et pagination que ceux des autres points de vente, ils doivent être au même tarif, donc 21 €. Une fois les 1,15 € de TVA soustraits, l'imprimeur prend sa part pour la fabrication du livre et sa mise à disposition sur leur plate-forme, soit 8,94 € (c'est-à-dire 40,4 %). Il me reverse en conséquence 12,06 €. Vous commencez à connaître la chanson : c'est ici que l'on retranche les 26,1 % de cotisations d'entreprise, soit 3,15 €, et il reste alors 8,91 €, soit 40,2 % du prix de vente TTC. Comme vous pouvez le constatez, c'est ici que ma marge est la plus importante.Poche chez TheBookEdition
Comme je ne souhaite pas que le format poche remplace le broché (pour ce que j'en ai constaté, ces deux formats s'adressent le plus souvent à deux lectorats différents) et que je ne peux avoir qu'un seul format auprès de mon distributeur papier, le poche n'est disponible que chez TheBookEdition. J'ai fixé le prix de sorte que, malgré les frais de port assez élevés chez ce prestataire, le tout revienne à peu de choses près au même prix que celui du broché avant son augmentation. Ainsi, le tarif du poche est de 11 €. La TVA s'élève à 0,60 € et l'imprimeur prend 7,47 € (64,4 %), me sont donc reversés 3,53 €, auxquels on retranche les 0,92 € de cotisations, et il reste au final 2,61 €, c'est-à-dire 22,5 % du prix de vente TTC.Quoi, c'est tout ?
Comme vous l'aurez sûrement remarqué, dans l'écrasante majorité des cas, le revenu dégagé pour chaque livre est faible, de l'ordre de 1 à 2 €. Il est à noter que ce n'est pas tellement différent pour les auteurs et autrices éditées à compte d'éditeur (c'est-à-dire par une maison d'édition traditionnelle) : exception faite du livre numérique, leur revient généralement 5 à 10 % du prix de vente final du livre. Il faut donc vendre de gros volumes pour vivre de cette activité, et c'est pour cette raison que très peu y arrivent.Ayant parfaitement conscience de ce fait, j'ai choisi de miser davantage sur des modèles alternatifs, qui me permettent en sus de participer à l'accès à la culture en passant mes œuvres sous licence libre quand les conditions sont réunies. Pour découvrir ces alternatives et, je l'espère, y contribuer afin de soutenir mon travail, je vous invite à vous rendre sur la page Aider / Soutenir. Merci !
Boutique (bientôt)







