80
NB : Cet article n'a nullement pour objectif d'expliquer tous les tenants et aboutissants des problématiques abordées, mais simplement de fournir mon positionnement, en tant qu'auteur auto-édité, sur ces sujets.Partage
Plaisir non partagé n'est plaisir qu'à moitié, nous dit le proverbe. Mais peut-il s'appliquer à la lecture, ce plaisir réputé solitaire ? Outre les lectures à haute voix qui peuvent être faites à autrui, et qui restent une pratique peu répandue, un tel plaisir peut se trouver dans le prêt à une personne de notre entourage d'un livre qui nous a plu, ou dans une discussion avec elle au sujet de ce que cette lecture nous a apporté. Si le second exemple s'applique aussi bien à un ouvrage papier que numérique, peut-on en dire autant quand il s'agit d'un prêt ? D'ailleurs, un livre numérique peut-il se prêter ?Copie
D'aucuns ont essayé de créer des systèmes d'emprunt d'ouvrage au format numérique, mais est-ce bien pertinent, particulièrement dans le cadre de proches qui veulent partager une œuvre comme on prêterait un livre papier ? N'essaie-t-on pas plutôt, finalement, de faire rentrer une nouvelle technologie dans un cadre familier mais suranné en regard de ce qu'elle apporte ?Car, reconnaissons-le : dès lors que le numérique entre en jeu, les lignes bougent... Le prêt d'un objet implique que son propriétaire ne peut plus jouir de son usage, mais c'est une contrainte qui s'est imposée d'elle-même, de par la nature physique dudit objet : ça n'a jamais été une décision prise par quiconque. Or, le numérique permet de dupliquer un fichier (copie) aussi aisément que de le transférer (prêt). Ici, il s'agit bien d'une décision, et il n'y a aucune raison de prêter quand on peut copier. Seuls des raisonnements hérités d'une époque où cela n'était pas possible, ou des gens y trouvant un intérêt, cherchent à nous convaincre que "copier, c'est voler". Or, le vol, comme le prêt d'ailleurs, implique que le propriétaire est privé du livre qu'il possédait, là où la copie, au contraire, augmente la quantité de livres disponibles, et ne prive donc personne. À partir de là, deux catégories se distinguent : celle proposant de nouvelles règles pour fonctionner, et celle regroupant les personnes désirant continuer de fonctionner selon les règles précédemment établies. Or, quand on veut empêcher un changement déjà en cours de se poursuivre, on installe des verrous.
Verrous numériques
Les DRM (pour Digital Rights Management, soit "Gestionnaire de Droits Numériques" en français) sont les principaux représentants de ces verrous numériques. Leur usage pose de nombreux problèmes, que je ne détaillerai pas ici, mais le principal est que les contourner n'a généralement rien de difficile pour qui souhaite le faire (donc leur efficacité est nulle), mais en plus, il est fréquent que l'individu ayant acheté une œuvre dite protégée subisse des désagréments à cause du verrou numérique... En conséquence, l'usage de ce dernier devient même contre-productif, puisque seules les personnes achetant l'œuvre vont rencontrer de potentielles difficultés, alors que les autres, qui copient ou téléchargent, peuvent en avoir une utilisation simplifiée et beaucoup plus libre.Ainsi, comme toute démarche s'opposant à un progrès, elle est vouée à l'échec (le marché de la musique numérique l'a démontré). Quand les usages changent, il faut imaginer de nouveaux cadres accompagnant ces changements, plutôt que de les cadenasser dans des modèles devenus dépassés. Mais alors, que pouvons-nous faire face à la réalité du livre numérique ? Eh bien de nombreuses pistes ont déjà été explorées...
De nouveaux modèles
Comme vous l'aurez compris, en tant qu'écrivain auto-édité, c'est-à-dire pleinement maître de toutes les décisions concernant mes ouvrages, je souhaite contribuer à ces nouveaux modèles, et vous en faire profiter. Car au-delà du simple aspect technique détaillé ci-dessus, ils s'accompagnent d'une nouvelle façon d'aborder le rapport entre les artistes et les individus souhaitant soutenir leur travail. En effet, la grande majorité de ces modèles renverse la logique : plutôt que se baser sur la méfiance, nous pouvons bâtir sur la confiance.Je m'explique. Avec un modèle cherchant une rentabilité par la vente de livres, on tente d'empêcher sa diffusion aux seules personnes prêtes à faire un pari : celui d'investir dans une œuvre dont elles ne savent pas si elle leur plaira. Quant à celles n'en ayant pas les moyens, elles seront condamnées à se priver de lecture, ou à télécharger l'œuvre illégalement et ainsi se placer dans une situation inconfortable. Sans compter qu'empêcher la copie revient à restreindre l'accès à la culture, ce qui amène certaines problématiques d'ordre moral et philosophique... Alors que si la copie devient autorisée par défaut (via une licence de libre diffusion comme les Creative Commons ou Art Libre, par exemple) et qu'on demande à la partie du lectorat qui le souhaite et qui en a les moyens de soutenir (financièrement ou par d'autres moyens) l'auteur ou l'autrice, une relation de confiance s'instaure naturellement et tout le monde en sort grandi.
Notons que d'autres modèles existent et peuvent cohabiter, comme la vente de produits dérivés, par exemple.
Bien entendu, toute cette démonstration est simplifiée et la réalité est plus nuancée, mais ce sont les grandes lignes de la voie que je souhaite suivre en tant qu'auteur, et que l'auto-édition rend possible sans limitation.
En conclusion
À mes yeux, le partage n'est pas un problème, et je compte soutenir la libre diffusion de la culture en passant, après un délai raisonnable, mes œuvres sous des licences la facilitant. Avant cela, je ne m'opposerai absolument pas à la copie des fichiers de mes livres numériques, du moment qu'ils sont laissés inchangés et que c'est fait dans le respect de l'œuvre. Et si vous souhaitez m'aider ou me soutenir, je vous invite à vous rendre sur la page présentant différentes façons de le faire.Pour aller plus loin
Voici quelques liens si vous souhaitez approfondir le sujet :- le site web DRM.info ;
- l'entrée Qu'en est-il des DRM ? de la documentation éditeurs d'Immatériel.fr, acteur de la chaîne du livre, détaillant l'impact commercial négatif dû aux DRM ;
- article Framablog Pour un monde avec un million de Netflix et le complément donné par MashUp en commentaire ;
- sites des licences Art Libre et Creative Commons.
-----
Le logo en tête d'article a été réalisé par Nina Paley sous licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0.
« ♡ Copier est un acte d'amour. Copiez SVP. » - Nina Paley
Boutique (bientôt)
